jeudi 13 août 2020

Jeudi 13 août 2020 - Nécessité et Hasard - Comment éviter les pièges de l'enfance et de l'adolescence


Juin 1946

En juin 1946, un spermatozoïde de L fusionne avec un ovule de V en un ovocyte qui devient G.

Que se passe-t-il alors chez ces trois humains?

L, 32 ans peut-être, est un soldat de l'Armée Polonaise démobilisé à Lille à la fin de la guerre 1939-1945. V, 22 ans, est un fille d'une famille polonaise émigrée en France en 1920 dans le cadre du grand accord franco polonais qui attire 700 000 Polonais en France  avec des conditions de vie favorables.

Elle aime danser et fréquente les bals polonais de Lille avec une amie. Elle travaille à Lambersart, dans la proche banlieue, à la Maison Maternelle de la Roseraie comme femme de ménage.

C'est l'amour.

L rentre au pays. Il doit trouver un travail et un logement. V viendra le rejoindre ensuite.

Un jour, V s'aperçoit qu'elle est enceinte. Sa mère s'en aperçoit également mais il ne faut pas que son père le sache. Il la mettrait à la porte.

De juin 1946 à mars 1947, échanges de lettres amoureuses et de promesses.

G naît et les lettres de Pologne cessent. Il s'avère que G a une demi sœur de 6 mois sa cadette et que L a choisi de se marier avec la mère de sa fille pour laquelle V n'est qu'une prostituée. Heureusement, il y a le paquet de lettres. Un procès en reconnaissance de paternité a lieu en Pologne. En 1952, G O change de nom et devient G S. Il y a même une pension alimentaire qui dure jusqu'à la fin de ses études.

A) Le premier piège, être polonais

Le premier piège est évité. Normalement, en 1947, V et G auraient du déménager à Gdansk Przymorze où habite L près de G, où il travaille. Non seulement G est Polonais ... mais il a un père. Mais un père c'est mauvais par principe comme l'est L. Un père cela veut dire en plus une famille qui s'impose à G. Une famille, un père et une mère ... Ce sont des personnes qui imposent des règles de vie et de pensée. Pas question! Quel bonheur de ne pas avoir de père, bête et employé de bureau, ni de mère qui finit par devenir aide-soignante. Et d'être français et non pauvre polonais dans un pays communiste. Fin du premier piège polonais.

Le bonheur de la liberté totale. C'est bon pour lui mais ce l'est moins pour ses enfants. La liberté ne supporte pas de contraintes même celles qui sont les plus justifiées et les plus aimables. Il n'a pas de Maman mais il a V. Il n'a pas de père, il n'est donc ni Papa, ni Grand Papa mais G.

G n'est pas en quête de père puisque son père n'est pas en quête de son fils. Il n'y a aucune souffrance de ce côté là. V ne cesse de lui dire qu'il va la quitter pour rejoindre son père. Haussement des épaules. Pas besoin d'un homme médiocre qui impose ses règles .

- L n'apporte aucune once d'amour ni d'intérêt à son fils. Quand pour la première et dernière fois, Georges le rencontre en 1979 à Gdansk Przymorze, ce sont deux hommes qui n'ont rien à se dire et qui ne se portent aucun intérêt particulier et encore moins affectif. Une rencontre nécessaire pour y mettre un terme définitif.  Il y a le hasard de la biologie et la nécessité de la vie. 
- Quand V disparaît en janvier 2000, ce n'est pas la mère qui s'en va mais un humain dont la fin de vie naturelle est arrivée. Pour V, G est la catastrophe de sa vie. Elle ne cesse de chercher un mari qu'elle ne trouve jamais. Le directeur du Temps de Vie, maison de retraite où elle vit ses dernières années et a qui elle se confie, peut en témoigner.
Pour les frères et sœurs de Valérie sauf la grand mère, Georges est un bâtard.
- Grand Mère: "Je voudrais vivre jusqu'à ton mariage". Lors de la réussite au baccalauréat, elle qui ne connaît pas le français lui offre un dictionnaire Larousse acheté au marché de Libercourt.
- R - la sœur de V et la marraine de G - en 1947: "Tu sais Valérie pourquoi Dieu ne t'aime pas: il t'a donné un fils"
- M - le frère ainé de Valérie, en 1968 - autour des désaccord politiques : "C'est normal, tu n'as pas eu de père"
- L - l'épouse de J, frère de V - en 2018: " Tu sais, G, ta grand mère racontait dans le quartier que V hébergeait un enfant - toi - pour gagner de l'argent".

Le Hasard, c'est l'Amour et la Nécessité, c'est la Raison. Toute sa vie, G domine le Hasard et il est soumis à la Raison.

B) Le second piège , être assimilé à la communauté polonaise

Le père de V est autoritaire et égocentrique ... en un mot, méchant. Encore une image défavorable du père. On lui cache la naissance d'un petit fils et il a la bonne idée de mourir de silicose rapidement. Grand Mère accueille son petit fils car V doit travailler. Mais c'est quand même un poids important. Il y a donc la paroisse. Catéchisme et services divers rendus au curé. Il y a l'école polonaise du jeudi. Les Polonais créent un grand nombre d'associations. Tous les villages où ils habitent sont des Petites Polognes où l'on ne parle français que par nécessité. C'est une ceinture de sécurité pour un enfant seul chez une vieille personne. Et pendant les vacances, il y a des camps scouts à la mer là aussi sous forme de Petites Polognes. Enfin, il y a un Internat Polonais près de Pontoise où on l'envoie dès la fin du CM1. Des prêtres polonais et de la religion polonaise. La saison des amours approchent. Se marier avec une fille de mineur? Non. Fin de la Pologne. Fin du second piège polonais.


C) Retour/Arrivée en France: le troisième piège, le piège de l'oubli de la Pologne

Le baccalauréat ouvre les portes de l'Université .... Française.
Visite à la Paroisse étudiante et à D, son responsable.
"Bonjour, mon Père!"
En Pologne, quand on rencontre un prêtre on dit toujours" Gloire à Jésus Christ".
"Je ne suis pas ton Père!" répond D, le dominicain.
La sortie de l'univers polonais et l'entrée dans l'univers français est difficile. G se confesse à D qui l'envoie au Bureau d'Aide Psychologique Universitaire où un psychologue se met à l'écouter. Cela dure peut de temps. G décide de se "psychanalyser" lui-même. Et cela continue jusqu'à présent.
Le parcours universitaire est médiocre: avoir le baccalauréat ne suffit pas pour faire des études, acquérir des diplômes et trouver du travail. Au bout de nombreuses années, il en sors avec une licence .... de polonais.
Puis beaucoup de séquences chômage/emploi qui se terminent par une formation de reconversion comme informaticien. Et un emploi à vie dans les Télécommunications. Avec une belle surprise, en fin de carrière: ouvrir le bureau de son entreprise à Varsovie.
Français, il travaille en Pologne ... pour la France.
Le troisième piège, l'oubli de la Pologne, ne se referme pas. 

Conclusion

Tous les objectifs sont atteints:
a) ni dieu, ni maître!
b) ni père ni mère!
c) ni polonais, ni français!
La nécessité et le hasard ainsi que l'amour et la raison sont au rendez-vous.
Aux ascendants médiocres succèdent des descendants aimables et constructifs.
C'est une belle vie.







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